Sexe, mensonges, et réseau judiciaro-maçonnique

« Du rififi chez les maçons » Par par François Koch, le 30/10/2003


«Sexe, mensonges, maçonnerie et tribunaux.» Telle pourrait être l’affiche à peine racoleuse d’un film sur une affaire agitant depuis six ans le landerneau des francs-maçons, réputés pour leur sérénité beaucoup plus que pour leurs violentes querelles intestines. Leur amour de la discrétion trouve ses limites lorsque la haine de deux clans s’étale devant la justice profane. Le 6 novembre, à la 17e chambre correctionnelle de Paris, vont comparaître Marie-France Coquard, 59 ans, directrice d’un centre d’information et d’orientation parisien, grande maîtresse de la Grande Loge féminine de France (GLFF) de 1993 à 1996, exclue de l’obédience en juin dernier, et son mari, Alain Coquard, 57 ans, consultant, maçon au Grand Orient (GO). Elle a été élue conseillère municipale à Paris sur une liste Tiberi en 2001 et lui eut des responsabilités au PS et au cabinet d’un ministre au début des années 1980.

Qu’a fait ce couple sulfureux pour se retrouver sur le banc des accusés, pour faux en écriture privée et usage de faux, et dénonciation calomnieuse? Marie-France Coquard aurait dicté à son mari une «lettre anonyme» adressée le 10 juillet 1997 à Pierre Truche, alors premier président de la Cour de cassation, accusant Emmanuelle L., 50 ans, conseillère référendaire au sein de cette haute juridiction, d’avoir utilisé de manière peu déontologique son titre de magistrate, dans le cadre d’une consultation juridique interne à la GLFF et concernant un pourvoi en… cassation. Le courrier manuscrit révélait aussi l’appartenance maçonnique de la magistrate. Une raison supplémentaire pour qu’Emmanuelle L. ait pu ressentir un choc violent après l’appel téléphonique de son supérieur hiérarchique l’informant de l’arrivée de cette missive et des accusations qu’elle contenait.

Entraide et rancune sentimentale

Emmanuelle L. soupçonne immédiatement Marie-France Coquard. Elle confie une copie de la lettre anonyme à une sœur experte judiciaire en écriture, qui affirme: «Le scripteur est un homme!» Emmanuelle L. obtient alors des photocopies d’un chèque et d’une carte de visite sur laquelle Alain Coquard a griffonné quelques mots. Pour récupérer ces pièces, elle mobilise une autre sœur, un haut dignitaire du GO résidant en Eure-et-Loir – ancien mari de Marie-France Coquard – et le vénérable de l’atelier d’Alain Coquard à Bourg-en-Bresse! L’entraide maçonnique semble sans limite lorsqu’elle s’accompagne d’une rancune sentimentale.

A partir de là, tout s’emballe. La GLFF, sans doute aidée par Emmanuelle L., puisqu’elle fut chargée du contrôle des expertises à la cour d’appel de Paris, missionne trois experts. Ils n’ont aucun doute: l’auteur de la lettre anonyme est bien Alain Coquard, son épouse étant l’ «auteur intellectuel». La GLFF engage donc une procédure disciplinaire contre Marie-France Coquard. Son mari réplique par une plainte pour détournement de correspondance et recel, visant les deux responsables du GO et Emmanuelle L. Cette dernière contre-attaque avec une plainte visant les époux Coquard en mai 1998. Si la procédure engagée par Alain Coquard n’aboutit qu’à un non-lieu, Emmanuelle L. obtient contre lui et son épouse un renvoi en correctionnelle, grâce à une nouvelle expertise en écriture confirmant les précédentes.

Victimes d’un complot?

«L’instruction judiciaire a été menée exclusivement à charge, se défend Alain Coquard, qui n’a pas digéré ses trente-deux heures de garde à vue, où la police a tenté d’obtenir ses aveux. Des photocopies de quelques mots de ma main ne peuvent pas permettre à un expert de conclure sans réserve. Et pourquoi la justice m’a-t-elle refusé le droit à une contre-expertise?» Marie-France et Alain Coquard se disent victimes d’un complot orchestré par un «réseau judiciaro-maçonnique». Un sentiment excessif que la justice a exacerbé par son manque de rigueur. «Des fous procéduriers», dit-on d’eux à la GLFF, qui compte 11 000 sœurs. «Exclue de l’obédience, je ne suis plus tenue au secret et je pourrais dire publiquement ce que je veux en citant des noms», menace l’ancienne grande maîtresse. Dans les temples, comme dans le monde profane, on risque d’entendre parler pendant quelques années encore du couple Coquard et de sa croisade contre les «dérives maçonniques».

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