Jean Vaquié sur la franc-maçonnerie : conférences et livres

jean_vaquie« Jean Vaquié né à Bordeaux, en 1911, et décédé à Lyon, le 30 décembre 1992, à l’âge de 81 ans, est un auteur catholique traditionaliste, proche de l’école antilibérale (syllabus de Pie IX, RISS de Mgr Jouin) et du providentialisme (Marquis de la Franquerie). » (Wiki)

Les débuts de la franc-maçonnerie

Conférence audio de Jean Vaquié

Autres conférences de Jean Vaquié :

Jean VAQUIE


Gog et Magog, les deux visages de la Bête

agrege demonologie jean vaquieNous avons déjà parlé du « corps mystique de l’Antéchrist ». Ce corps mystique apparaît, dans l’Apocalypse, sous le nom de la Bête.

Autant le corps mystique du Christ est beau et harmonieux, autant la Bête est hideuse, difforme et compliquée.

La Bête survit aux hommes qui la constituent sur la terre et qui lui apportent seulement leur éphémère contribution. Elle va d’ailleurs en grossissant et n’atteindra ses dimensions définitives qu’à l’avènement de l’Antéchrist dont elle n’est que le véhicule et l’organe de préparation.

La Bête est constituée par tous les artisans de la puissance terrestre de Satan : les mauvais rois, les faux prophètes et leurs fidèles. Elle est l’ensemble des mauvais princes et des fausses religions, c’est pourquoi elle est si grande et si difforme. L’une de ses monstruosités est d’être double. Elle se présente alternativement, et même simultanément quelquefois, sous l’aspect de Gog et sous celui de Magog.

Le mot « Gog » a le sens de « toiture ». Il désigne les forces sataniques couvertes, c’est-à-dire dissimulées, les forces que l’on a des difficultés à identifier comme mauvaises. Gog a donc le sens de ruse.

Magog signifie « sans toiture » c’est-à-dire sans dissimulation. Il désigne les forces ouvertement hostiles à Dieu et à son Oint. Magog a donc le sens de violence cynique et affichée.

Concernant le sens que l’on peut donner à Gog et à Magog, saint Ambroise s’exprime ainsi : « par Gog, qui s’interprète toiture, sont désignés ceux qui cachent leur malice, paraissant justes aux yeux des hommes, alors qu’ils sont méchants dans leur esprit. Par Magog, qui s’interprète “ sortant du toit ”, sont désignés ceux qui, se répandant hors du toit de leur cœur en malices ouvertes, montrent aux yeux de tous qu’ils sont impies ».

Et c’est bien ce que l’on remarque, en effet, sur la terre. Le démon agit toujours en alternant ou en associant la ruse et la violence. Deux chapitres d’Ézéchiel sont entièrement consacrés à Gog et Magog, les chapitres XXXVIII et XXXIX. Dieu parle à Gog et lui dit : « En ce jour-là, des pensées s’élèveront dans ton cœur, et tu concevras un mauvais dessein. Tu diras : Je monterai contre un pays ouvert ; je viendrai vers ces gens tranquilles qui habitent en sécurité, qui ont des demeures sans murailles, qui n’ont ni verrous ni portes » (Ézech. XXXVIII, 10-11).

Telle est l’activité de Gog, couverte et dissimulée, qui s’empare sournoisement des demeures sans serrures.

Magog est, à l’origine, le nom de l’un des sept fils de Japhet. Le prophète Ézéchiel l’emploie dans un autre sens. Il en fait le pays qui sert de refuge à Gog et d’où il s’élance à la tête de ses peuples. Dans sa marche conquérante, Gog le rusé, prend comme point de départ Magog, le pays de la violence. Les chapitres XXXVIII et XXXIX d’Ézéchiel sont à lire attentivement ; ils fournissent une vue prophétique sur les grandes guerres mondiales modernes.

La ruse et la violence apparaissent aussi, mais sous un autre nom et sous une autre forme, dans le livre de Job. Ce livre, l’un des plus anciens de l’Écriture Sainte, décrit deux Bêtes : Béhémoth, la bête violente qui correspond au génie de Satan homicide, et Léviathan, la bête rusée qui correspond à son génie du mensonge.

Béhémoth habite sur la terre ferme. C’est un énorme animal qui est bâti en vue d’exercer une force brutale : « Vois Béhémoth, il se nourrit d’herbe, comme le taureau. Vois donc, sa force est dans ses reins, et sa vigueur dans les muscles de ses flancs. Il dresse sa queue comme un cèdre ; les nerfs de ses cuisses forment un solide faisceau… Les montagnes produisent pour lui du fourrage ; autour de lui jouent toutes les bêtes des champs… Est-ce en face que l’on pourra le saisir avec des filets et lui percer les narines ? » (Job XL, 15-24) ?

L’écrivain sacré nous fait bien remarquer la puissance surhumaine de cette gigantesque bête. Il n’est pas question de la vaincre avec des moyens seulement humains.

Léviathan est conçu sur un tout autre modèle. C’est un monstre aquatique, il vit dans la mer et il cache sa force sous une séduction resplendissante : « Tireras-tu Léviathan avec un hameçon et lui serreras-tu la langue avec une corde ? Lui passeras-tu un jonc dans les narines ? Joueras-tu avec lui comme avec un passereau ? L’attacheras-tu pour amuser tes filles ?… Je ne veux pas passer sous silence la force de ses membres, l’harmonie de sa structure… Superbes sont les lignes de ses écailles, comme des sceaux étroitement serrés… Ses éternuements font jaillir la lumière, ses yeux sont comme les paupières de l’aurore… Son cœur est dur comme la pierre, dur comme la meule inférieure… Il fait bouillonner l’abîme comme une chaudière, il fait de la mer un vase de parfum. Il laisse après lui un sillage de lumière… Il regarde en face tout ce qui est élevé, il est le roi des plus fiers animaux » (Job XLI, 1-26).

Léviathan est véritablement l’image de Satan travesti en ange de lumière : cœur dur et arrogant mais qui s’entoure d’harmonie, d’aurore et de parfum. Ces deux symboles bibliques de Béhémoth et Léviathan ne sont pas de vaines images. Il s’est effectivement rencontré, au cours de l’histoire, beaucoup de mauvais rois et de « docteurs de mensonge » qui ont été, pour le peuple de Dieu, spirituellement mais réellement, des Béhémoth et des Léviathan.

Jean Vaquié – Abrégé de démonologie (1988)


 

Comprendre l’articulation luciférienne
entre Grand Orient et Grande Loge Nationale

Les congrégations initiatiques, entourées des innombrables associations qui diffusent leur esprit, forment un immense réseau mondial dont le centre est occupé par un maître d’oeuvre qui n’est autre que Lucifer lui-même. En lui réside la force centrale et la force principale qui gouverne secrètement le monde. Notre-Seigneur l’appelait du nom de « Prince de ce monde ».

Ce réseau mondial, du fait de son commandement unique, est animé d’une certaine unité de manœuvre, qui se fait sentir à long terme. Mais il présente aussi d’incontestables discordances, et cela pour deux raisons : d’abord à cause de ses énormes dimensions et aussi parce que Satan gouverne par la rivalité des membres ; son royaume est divisé contre lui-même et le « Prince » utilise ces rivalités comme forces d’émulation (par exemple l’émulation à l’empire mondial).

Ce qui fait l’unité entre ces membres rivaux, c’est la haine commune de l’ennemi commun. Et l’ennemi commun c’est Notre-Seigneur et Ses œuvres terrestres dont la principale est l’Église, mais dont les royautés chrétiennes d’ancien régime faisaient, elles aussi, incontestablement partie. Si graves que soient, parmi les organisations de la contre-Église, les rivalités des membres, elles prennent fin devant l’ennemi commun.

On observe un exemple typique de ce phénomène dans la vie de Notre Seigneur : « Hérode et Pilate, qui étaient ennemis auparavant, devinrent amis ce jour-là » (Luc XXIII, 1-2). Ils se sont réconciliés sur le dos du JUSTE. Des réconciliations de ce type renaissent toujours au sein des forces de révolution. Il faut s’attendre en permanence, à en faire de nouvelles expériences.

La dynamique interne de l’infrastructure révolutionnaire présente une autre particularité : c’est la cohabitation de deux tendances, contradictoires en apparence, mais qui, en fait, se partagent le travail : la tendance rationaliste et la tendance spiritualiste. Ce sont les deux jambes sur lesquelles la maçonnerie progresse ; elle avance tantôt l’une, tantôt l’autre ; elle met en oeuvre et privilégie alternativement, l’une ou l’autre tendance ; mais il faut bien se souvenir que les deux étaient présentes en elle dès sa fondation.

Certaines loges se sont spécialisées dans les disciplines scientifiques et rationnelles, développant en même temps le scepticisme agnostique ; c’est le cas, par exemple, des loges qui ont abrité les encyclopédistes, puis de celles qui ont engendré les socialistes, donnant ainsi l’impulsion aux grandes révolutions du XIXe siècle. Cette tendance s’est concrétisée dans le Grand Orient. Cette maçonnerie politique travaille dans l’ordre temporel.

Une autre famille de loges travaille dans l’ordre spirituel et religieux. Elles cultivent l’esprit gnostique et kabbalistique. Après s’être perpétuées en sourdine pendant la période de l’anticléricalisme militant, les loges « spiritualistes » ont repris une grande importance depuis la stimulation que lui ont procuré des hommes comme R. Guénon. On pense en général que cette tendance religieuse se concrétise dans la Grande Loge de France et la Grande Loge Nationale Française. C’est là que s’élaborent les forces de la Nouvelle Droite et de la nouvelle gnose.

Organisme essentiellement « pluraliste », l’ordre maçonnique mène de front plusieurs politiques à la fois. Ainsi peut-il s’adapter non seulement aux fluctuations imprévisibles des événements et de l’opinion publique, mais encore pratiquer l’art royal, c’est-à-dire l’art du gouvernement secret, et passer d’une phase à l’autre du Grand Oeuvre. Elle passe du « solve » au « coagula » : d’Émile Combes qui dynamite le catholicisme, à René Guénon qui construit l’ésotérisme transcendant. On se souvient que ces deux phases correspondent aux deux prétentions distinctes de Lucifer qui sont de faire de l’Antéchrist non seulement le Roi du monde mais le Pontife Universel.

La phase politique du travail a été menée à bien par la maçonnerie rationaliste, jacobine, matérialiste, scientifique, anticléricale, socialiste et athée qui a actionné le cycle révolutionnaire et ses étapes successives : 1789-1830-1848-1871-1917. Les monarchies chrétiennes ont été remplacées par des républiques et la république universelle a reçu les bases qu’il ne reste plus maintenant qu’à consolider.

Pendant le même temps, la maçonnerie spiritualiste s’est infiltrée dans l’Église où elle a organisé d’abord un réseau moderniste, puis plus récemment un réseau gnostique. Ce double réseau, orchestré par la même main, a rongé la hiérarchie ecclésiastique laquelle est maintenant réduite à l’impuissance.

La maçonnerie n’a plus aucune réaction à redouter de la part de l’Église officielle et conciliaire. Elle l’a définitivement enrôlée et elle en a fait son auxiliaire. Sauf un miracle de résurrection, cette situation est canoniquement irréversible car il n’y a plus aucune instance ecclésiastique qui échappe au contrôle de la maçonnerie. Le Concile, le Synode, la Curie, le Conclave et le Siège apostolique lui-même, tout est entre ses mains.

Bref la République Universelle est constituée et l’Église est hors d’état de nuire. Mais les buts du démon ne sont pas atteints. Il faut d’abord transformer la République Universelle en Empire Sacral pour que l’Antéchrist puisse ceindre la couronne, si longtemps convoitée, de « Roi du Monde ». Et il faut ensuite remplacer la religion catholique par la Religion Universelle dont l’Antéchrist sera le pontife et dont Lucifer sera le Dieu : « Je monterai dans les cieux ; j’élèverai mon trône au-dessus des étoiles de Dieu. Je m’assiérai sur la montagne du testament, dans les profondeurs du septentrion ; je monterai sur le sommet des nuées, je serai semblable au Très-Haut. » (Isaïe XIV, 13-14).

Le socialisme absolu et universel n’est pas encore complètement mis en place, le rouleau compresseur du soviétisme athée n’est pas encore passé partout, que déjà (et depuis longtemps, car le démon est prudent) la maçonnerie prépare, sous l’impulsion de ses spiritualistes, une phase gnostique pour sacraliser le pouvoir socialiste et pour répandre, par la gnose moderne, une véritable religion luciférienne.

Jean Vaquié – Réflexions sur les ennemis et la manœuvre (1986)


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