Les illuminés de Bavière et la franc-maçonnerie allemande, de René Le Forestier

Les Illumines de Baviere et la franc-maconnerie allemande(1914)
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Malgré son ancienneté, ce livre reste l’ouvrage de référence sur les Illuminés de Bavière. D’ailleurs, beaucoup de documents à l’époque consultés par Le Forestier ont aujourd’hui disparu suite aux événements des deux guerres mondiales.

Voici ce qu’en écrit la Bibliotheca esoterica de Dorbon :

Ouvrage définitif sur les fameux Illuminés (…). Ayant eu entre les mains tous les papiers confisqués au cours des persécutions de 1786 contre l’Ordre, et les documents autrefois possédés tant par Bode, qui y joua un rôle important, que par l’écrivain Becker, notre auteur a pu se faire un historique complet de l’Ordre des Illuminés, leur genèse, leurs idées primitives, leurs doctrines politiques et religieuses, leurs buts et l’influence qu’ils eurent sur les événements contemporains et en particulier sur la Révolution française. Bien des chapitres seraient à citer dans ce livre qui éclaire la vie occulte de toute une époque : mentionnons seulement ceux relatifs au Testament philosophique de Weishaupt ; à la légende de l’Illuminisme ; aux émissaires de l’Ordre en France ; aux aveux de Cagliostro ; au voyage de Mirabeau en Prusse ; à Bode et au convent des philalètes en 1787, visite au cours de laquelle Bode convertit à l’Illuminisme le duc d’Orléans, grand-maître de l’Ordre Maçonnique, Fauchet, Mounier, Bailly, Condorcet, La Fayette, etc… ; aux Rose-Croix de Bavière ; aux rapports de l’Illuminisme et de la Franc-Maçonnerie avec la Révolution Française ; aux prolongements de l’Ordre sous Napoléon sous forme d’Associations d’étudiants ; aux critiques des divers historiens, Robison, Barruel, Lombard de Langres, le P. Deschamps, etc. – Devenu très rare.

Sommaire :

  1. L’Ordre des Illuminés
  2. La Franc-Maçonnerie allemande des origines à 1780
  3. La Franc-Maçonnerie illuminée
  4. Histoire du système illuminé
  5. Le testament philosophique de Weishaupt
  6. La légende de l’Illuminisme

 

LIVRE PREMIER
L’Ordre des Illuminés

Le fondateur et la fondation de l’Ordre

La jeunesse de Weishaupt. – L’enseignement religieux des Jésuites bavarois et la bibliothèque d’Ickstatt. – L’Université d’Ingolstadt en 1772. – Démêles de Weishaupt avec ses collègues. – Brouille de Weishaupt et d’lckstatt. – lsolement de Weishaupt. – Plans de défense et de conquête. – Souvenirs de l’antiquité. – Enthousiasme passager inspiré par la Franc-Maçonnerie. – L’Essai sur le Mérite de Abt. – La Loge alchimiste de Burghausen. – Fondation de l’Ordre des Perfectibilistes ou Illuminés.

 

Lorsque le 6 février 1748 le bruit se répandit dans la petite ville universitaire d’Ingolstadt en Bavière que M. le professeur Weishaupt était père d’un garçon, ses collègues purent prédire au nouveau-né les plus brillantes destinées académiques s’il montrait plus tard quelque goût pour l’étude. Le professeur Weishaupt était en effet le protégé du puissant Curateur de l’Université, le baron d’Ickstatt, conseiller intime en exercice, administrateur du tribunal Provincial Libre d’Hirschberg, vice-président du Conseil Privé de l’Electeur de Bavière. Westphalien de naissance, Jean-Georges Weishaupt avait été étudiant puis répétiteur de droit à l’Université de Wurtzbourg où Ickstatt l’avait eu pour élève. Il avait épousé par la suite une nièce de Mme Ickstatt et son oncle par alliance l’avait fait venir à Ingolstadt et nommer par décret du 14 octobre 1746, à l’âge de vingt-neuf ans, titulaire de la chaire d’Institutions Impériales et de Droit Criminel. (…)

Les citations et le texte qui suivent viennent d’ici

[p.30] La nouvelle société fut fondée le 1 er Mai 1776. Tous les membres dont elle se composait purent tenir dans la chambre où Weishaupt les réunit ce jour mémorable. Ils étaient au nombre de cinq : Weishaupt qui s’était donné le nom de guerre de Spartacus, Massenhausen qui reçut celui d’Ajax, Bauhof, étudiant en droit appelé Agathon, Merz étudiant en droit nommé Tibère, enfin un certain Sutor dont le pseudonyme n’est pas venu jusqu’à nous et qui se montra si indolent par la suite que Weishaupt dut l’effacer de la liste. Si modeste que fût le nombre des premiers disciples ils se trouvèrent dès l’origine avoir dans l’Ordre une place différente suivant que Weishaupt les avait jugés dignes ou non d’une confiance sans réserves. C’est ainsi que Massenhausen et Merz furent, jusqu’en janvier 1778, les seuls Aréopagites ou Conscii, c’est-à-dire qu’ils étaient seuls à connaître la véritable histoire de l’Ordre, la date de sa fondation et le nom de son fondateur.

Massenhausen n’avait que 18 ans ! Tous les illuminés étaient des jeunes élèves de Weishaupt et avaient entre 18 et 30 ans en moyenne.

[p. 48] Le profane qui désirait entrer dans la Société devait d’abord écrire et signer de sa main le Revers suivant : « Je soussigné m’engage sur mon honneur et ma réputation d’honnête homme et en m’interdisant toute restriction mentale à ne jamais faire connaître à qui que ce soit, fût-ce mon ami le plus intime ou l’un de mes parents, et de quelque façon que ce soit, paroles, signes, regards, etc. . ., la moindre chose de ce qui m’a été confié par (nom de l’enrôleur) à l’occasion de mon admission dans une société secrète, que cette admission ait lieu ou non. Je prends cet engagement d’autant plus volontiers que celui qui me reçoit me donne l’assurance que cette Société ne vise à rien qui soit contraire au bien de l’Etat, à la religion et aux mœurs.

Je promets aussi de restituer les écrits qui m’auraient été communiqués à cette occasion ou les lettres que je pourrais recevoir, aussitôt après en avoir fait, sous une forme inintelligible à tout le monde, les extraits nécessaires. Je fais cette promesse aussi vraie que je suis un homme d’honneur et entends le rester à l’avenir. »

La société des illuminés de Bavière cherchait à libérer l’homme de l’empire des Jésuites et non pas de contrôler le monde et de ruiner tous les gouvernements et toutes les religions. Le terme « comparative religion » en ces temps-là s’appliquait uniquement à l’étude du protestantisme et du catholicisme. Les protestants ont fait très peu d’efforts pour lutter contre l’ordre des Illuminés alors que les Catholiques voyaient leur empire s’effondrer graduellement. La méthode des Illuminés était d’utiliser la science pour libérer l’homme. Permettre à l’homme d’étudier et de réfléchir et de se perfectionner par la science.

D’après les jeunes illuminés, pour que l’homme puisse se perfectionner lui-même il doit tout d’abord être libre. Le but final étant le bonheur de tous les hommes qui se sont auto corrigés eux-mêmes d’après leur morale et philosophie et d’après le bon sens, et la compréhension du monde dans lequel ils sont. Tout cela représente un vaste programme de réformes universelles que les illuminés étaient prêts à imposer secrètement à tous les états qui tombaient lentement sous leur influence. Ce n’était donc pas une conspiration malveillante comme plein de gens (particulièrement les religieux catholiques et musulmans) le pensent.

[p. 28] Un passage du livre d’Abt, Considérations sur le mérite, qu’il lisait alors pour préparer son cours de philosophie pratique vint, selon son expression, allumer toutes les matières inflammables qui s’étaient accumulées dans son âme. « Faire le bonheur temporel et éternel de beaucoup d’hommes, disait Abt, trouver des règles de conduite qui donnent à leur vie et à leurs actions une direction telle qu’ils deviennent toujours plus heureux et plus parfaits, faire que ces règles de conduite leur soient aussi familières que précieuses, inventer des situations qui les conduisent nécessairement et malgré leur résistance à agir d’une façon qui soit bonne pour tous, prévoir en même temps toutes les complications possibles, les cas les plus exceptionnels ainsi que les plus fréquents, se mettre à l’œuvre alors que personne ne conçoit encore que cette tâche puisse être accomplie, travailler de longues années, souvent sans résultat, ne compter que sur soi-même pour se redonner du courage, triompher de ses propres défaillances, ranimer son ardeur, ne se laisser arrêter ni par les contrariétés ni par les dangers, ne se laisser vaincre ni par la lassitude ni par le découragement et faire tout cela uniquement pour être utile à des semblables ardemment aimés, à des êtres créés sur le même modèle que nous-mêmes, oh ! où est l’homme capable d’un tel héroïsme ? S’il n’est plus, où se dresse sa statue, où gisent les débris de son marbre ? Dites-le-moi, pour que j’aille presser dans mes bras la pierre insensible, et, en pensant au modèle, arroser son image de larmes brûlantes de la reconnaissance ! » Ce programme d’une pédagogie transcendante exposé en des termes aussi vagues qu’emphatiques emporta les dernières hésitations de Weishaupt. Il voulut être ce bienfaiteur de l’humanité et décida de fonder un ordre qui aurait pour but de recueillir et d’enseigner en secret les vérités scientifiques, qui serait une école secrète de sagesse, dans lequel le fondateur admettrait surtout de jeunes étudiants et leur enseignerait en toute liberté ce que la sottise et l’égoïsme des prêtres avaient banni des chaires publiques.

[p. 56] Les règles qui y étaient contenues se rapportaient à trois points : choix du candidat, façon de procéder à son égard, rôle du recruteur après la signature du Revers. En ce qui concerne le premier point, il était interdit au futur enrôleur de jeter les yeux sur des gens n’appartenant pas à la religion chrétienne, à moins d’en avoir reçu l’autorisation, et de songer par conséquent à recruter des Juifs ou des païens. Le même ostracisme frappait les femmes, les moines et les membres d’autres sociétés secrètes. Le Novice ne devait pas faire de tentatives auprès de gens bavards, débauchés, voluptueux, entêtés, orgueilleux, brutaux, insociables, vantards, inconstants, menteurs ou égoïstes, à moins qu’il n’eût l’espérance de les voir promptement s’amender. Il ne devait pas s’adresser à des personnes plus âgées que lui, ou pourvues d’un emploi, si lui-même n’était pas en place. Il fallait que le candidat eût le cœur philanthropique. Qu’il fût doué de bon sens, travailleur, ponctuel, bon administrateur de ses biens et de bonne réputation. Il n’était pas d’ailleurs nécessaire qu’il fût très éclairé, car il était préférable qu’il dût sa lumière à l’Ordre lui-même. Les meilleurs candidats étaient les hommes jeunes encore, de 18 à 30 ans, riches, désireux de s’instruire, au cœur vertueux, ayant de la docilité, un caractère ferme et de la persévérance.

[p. 58] « On montre les avantages de la société en général, les défauts de la société civile et combien peu on doit s’y fier à l’aide des autres et même des amis. On dit qu’il est nécessaire de nos jours que l’un s’unisse à l’autre, que les hommes pourraient avoir le ciel sur la terre s’ils étaient unis et que seule leur désunion est la cause de la sujétion. On développe ce thème par des exemples, des fables, celle notamment des deux chiens qui gardaient les troupeaux et les ont bien défendus quand ils étaient unis. Tout Novice devra collectionner des exemples de ce genre et avoir à sa disposition des livres qui traitent de la force que donne l’association, etc. . . on finit par dire que les associations secrètes pourraient faire plus encore et l’on indique pourquoi. On cite comme exemple l’Ordre des Jésuites, celui des Francs-Maçons, les sociétés secrètes de l’antiquité. On affirme que tous les évènements importants de l’histoire du monde sont amenés par cent causes et ressorts cachés, parmi lesquels les sociétés secrètes jouent le rôle le plus important. On vante le plaisir qu’on éprouve à exercer un pouvoir occulte, à posséder les connaissances les plus secrètes et les plus mystérieuses. On cherche à découvrir la passion dominante du candidat, et on le persuade qu’elle ne peut être satisfaite que par l’affiliation à une société secrète. »

Pour en savoir plus sur le Noviciat,

[p. 61] La durée du Noviciat dépendait surtout du zèle du stagiaire et de la façon dont il s’acquittait de ses fonctions de disciple, de recruteur et de pédagogue. Les premiers Statuts déclaraient expressément que la durée du stage était indéterminée. Les Statuts Réformés fixaient, il est vrai, le stage à trois ans pour les Novices âgés de 15 à 18 ans, à 2 ans pour ceux de 18 à 24 ans, à une année pour ceux de 24 à 30 ans, mais ils ajoutaient qu’il dépendait du travail, de la maturité et de l’application du Novice que la durée de ce temps d’épreuve fût abrégée. Les mêmes dispositions se trouvent dans les Statuts Généraux. En fait il semble bien que dans l’esprit de Weishaupt le stage devait durer deux ans en moyenne. C’est du moins ce chiffre qui se trouve indiqué dans la Correspondance chaque fois qu’il est question de la Classe Préparatoire et dans la Cérémonie de l’Initiation à la classe supérieure. »

[p. 62] Voici le dialogue que lisaient alternativement « à haute et intelligible voix et avec une solennelle lenteur » les deux personnages de cette scène mystérieuse, debout l’ombre des arbres ou assis à leurs tables respectives :

Initians : « X. (nom de guerre du Novice) que désirez-vous ? »

Initiandus : « Auguste membre de l’Ordre Sérénissime dans lequel je désire être reçu, le temps de mon stage est écoulé, je parais ici sur votre ordre et manifeste à nouveau, après y avoir mûrement réfléchi pendant deux années, le désir d’être admis dans la Classe supérieure, si la Sérénissime Société me juge digne de cette faveur. »

Initians : « J’ai transmis vos notes, envoyé les témoignages de votre zèle, on vous a trouvé digne de devenir un des nôtres, je vous en félicite et vous avertis en même temps d’obéir exactement à tout ce qui vous sera ordonné. Deux ans de réflexion et d’expérience, de commerce assidu avec un des membres de notre Société, l’étude de documents qui vous ont été communiqués, ainsi que les renseignements que vous avez reçus, ont dû nécessairement vous faire comprendre que le but suprême de notre Société n’est pas du tout de conquérir la puissance et la richesse, de saper les bases du gouvernement séculier et spirituel, de dominer le monde, etc . . . Si vous vous représenté notre Société sous ce point de vue, ou si vous y êtes entré dans cette espérance, vous vous êtes grossièrement trompé et comme cette Société a un tout autre but, elle vous donne ici par ma bouche la permission de vous séparer d’elle complètement si vous le voulez, sous la seule condition d’une discrétion inviolable. Vous êtes aussi libre qu’auparavant. La Société ne prétend à aucun droit sur vous. En revanche vous n’aurez rien à attendre d’elle à part les devoirs qu’imposent à ses membres envers vous les lois et l’humanité. Persistez-vous encore dans votre résolution ? »

Initiandus : « J’y persiste et demande à être reçu. »

Initians : « Avez-vous aussi suffisamment réfléchi aux nouvelles obligations que vous allez contracter et qui restreindront votre liberté naturelle, aux ordres agréables que vous pourrez recevoir ? Avez-vous pensé que vous pouvez rencontrer parmi nous des personnes qui vous seront antipathiques, qui peut être même sont vos ennemis, que vous pourrez par suite être tenté de désobéir à vos Supérieurs et de vous parjurer contre toute la Société ? »

L’initiandus assurait avoir mûrement réfléchi, il se disait convaincu que l’indépendance absolue est mauvaise pour l’homme et que tous les ordres que lui donnerait la Société ne pourraient jamais avoir d’autre but que son bien et celui de l’humanité. Enfin il se déclarait prêt à regarder tous les membres de l’Ordre comme dignes de son affection puisque l’Ordre Sérénissime les avait jugés dignes de la sienne.

L’initians reprenait : « Moi (nom de guerre), représentant de l’Ordre qui m’a donné pleins pouvoirs à cet effet, je loue vos dispositions, mais avant que je vous permette d’entrer dans l’Ordre, je veux savoir sous quelles conditions vous entendez y être admis. »

Initiandus : « Je reconnais à la Sérénissime Société et à vous qui la représentez ici, tous les droits sur moi, abandon qui implique pour elle le devoir de veiller à ma sûreté et de s’occuper de mon vrai bien dans la mesure où je m’engage à lui obéir, à la respecter, à employer toutes mes forces dans son intérêt. Mais si l’expérience venait à m’apprendre qu’elle ne cherche qu’à me causer des dommages réels et non pas seulement imaginaires, qu’à faire de moi l’instrument de ses visées égoïstes et à abuser de ma bonne volonté, alors je la maudirais, je la considérerais comme mon ennemie. Si j’étais trop faible pour rejeter son joug, je ne le supporterais qu’avec colère et l’esclave de cette Société deviendrait son pire ennemi secret. »

Initians : « Votre désir est juste et raisonnable, aussi je vous promets au nom de nos Sérénissimes Supérieurs, au nom de tous les membres de l’Ordre, protection, justice et assistance. Par contre la Société ne prend aucun engagement au sujet des ennuis que vous vous seriez attirés par votre faute ou pour avoir voulu abuser de la puissance et de l’appui de l’Ordre.

A ce moment l’Initians tirait son épée, en appuyait la pointe sur la poitrine du récipiendaire et changeant brusquement de ton lui disait d’une voix terrible en l’interpellant par son nom de guerre : « Mais si tu devais devenir un traître et un parjure, vois dans cette épée tous les membres de la Société en armes contre toi. Où que tu fuies alors, ne te crois jamais en sûreté. La honte et les reproches de ta conscience, la vengeance de tes frères inconnus, te poursuivront et te tortureront jusqu’au plus profond de toi-même. Maintenant, ajoutait-il en prenant un air plus doux, si vos dispositions n’ont pas changé, vous allez prêter le serment. » Il ordonnait au récipiendaire de se mettre à genoux, lui faisait placer une main à plat sur la tête et c’est dans cette posture incommode que le nouveau Minerval lisait une longue formule où il reconnaissait « devant Dieu tout-puissant et le respectable représentant de la Sérénissime Société dans laquelle il demandait à être admis, que tout homme a besoin de ses semblables. » Il s’engageait « à saisir avidement toute occasion d’être utile à l’humanité ». Il jurait « un silence éternel, une fidélité inviolable, une obéissance aveugle à tous les Supérieurs et à tous les commandements de l’Ordre. » Il promettait de sacrifier ses intérêts particuliers à ceux de la Société, de chercher tous les moyens licites d’augmenter sa puissance, de considérer tous ses amis et ennemis comme les siens propres, « de mettre à son service sa fortune, son honneur et son sang ». Comme garantie de la sincérité de son serment il ajoutait : « S’il m’arrivait jamais d’agir contre les règlements ou intérêts de la Société Sérénissime avec préméditation, par passion ou par méchanceté, je me soumets à tous les châtiments et punitions que mes Supérieurs pourront m’infliger. Je renonce à toute restriction mentale et fais cette promesse suivant les intentions de la Société qui me demande de prêter ce serment. Que Dieu me soit en aide si j’ai parlé sincèrement ! »

Si le récipiendaire exprimait des scrupules que l’Initiant ne se croyait pas en état de lever, la cérémonie était interrompue provisoirement, mais il fallait que les scrupules invoqués fussent très graves, dans le cas contraire les points litigieux étaient réservés, l’Initiant promettant de donner les éclaircissements réclamés quand il aurait reçu les instructions nécessaires. Si le Novice effrayé par les engagements formels qu’on lui demandait de prendre renonçait à entrer dans la classe Minervale, l’Initiant ne cherchait pas à le retenir et le laissait partir avec la plus grande politesse après lui avoir imposé un silence rigoureux. 

Maintenant voilà un passage intéressant page 67, sur les symboles de l’Ordre.

sceau-illuminati

Les séances ordinaires, dites générales, avaient lieu une ou deux fois par mois et suivant un cérémonial immuable. Quand il devait être procédé à la réception d’un nouveau membre, celui-ci était introduit par le Censeur sitôt que l’Assemblée était au complet. On lui passait au cou l’insigne de son grade, consistant en un médaillon de métal doré et découpé, suspendu à un ruban vert large de trois doigts et où était représenté au milieu d’une couronne de lauriers, un hibou planant au-dessus des nuages et tenant dans ses serres un livre ouvert sur lequel se lisaient les lettres P. M. C. V. (Per me coeci vident). Le Président lui adressait une courte allocution pour l’engager à améliorer son cœur et à éclairer sa raison, puis commençaient les travaux ordinaires de l’Assemblée. (…) Si le Censeur annonçait que tout était en ordre, il était donné lecture de l’ode à la sagesse de Uz.

L’ode à la sagesse de Uz :

Le symbolisme classique de cette longue, lourde et plate amplification de l’honorable et consciencieux rimeur l’avait désignée au choix de Weishaupt. Voici à titre de spécimen les 4 premières des 14 strophes que les Minervaux devaient subir à chaque Assemblée :

L’oiseau, compagnon fidèle de la nuit, sort – enfin à l’approche du soir – de la tour solitaire – où, à l’abri de la chaleur du jour, – il se reposait dans un isolement philosophique – au milieu du lierre, des décombres et des ruines.

L’accent de sa voix solennelle – éveillent et provoquent de l’écho. – L’air empli d’ombre gémit. – Je t’entends et je t’obéis – favori de Minerve, qui moi aussi – m’appelles au siège de la sagesse.

Elle aime le silence de la froide nuit. – Quand rit le pâle visage de la lune – l’oripeau et les fards ne font plus illusion. – l’obscurité enlève à la folie – son vêtement qui scintille au soleil et ses voiles colorés.

O Pallas, déesse de tous les arts, – source de mes joies, toi dont la faveur – nous rends meilleurs et plus heureux, – toi qui parée d’une beauté sublime, – aussi admirée qu’adorée, terrasses les mortels, – je t’implore. . . (Echt. III., 73).

Réimpression fac-similé de l’édition de 1914. Très copieuse étude sur la franc-maçonnerie en Allemagne au XVIIIe siècle et sur l’influence de la secte des Illuminés de Bavière sur le déclenchement et le déroulement de la révolution de 1789 en France.
  • SBN : 0011111500006
  • Titre : Les Illuminés de Bavière et la franc-maçonnerie allemande
  • Auteur : LE FORESTIER (René)
  • Editeur : PROELIUM VERITATIS
  • Nb Pages : 732
  • Epaisseur : 42
  • Largeur : 140
  • Hauteur : 205
  • Poids : 0.89Kg
  • Achat
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