L’initiation maçonnique, de Charles Nicoullaud

initiation-maconnique-4eme-editionPerrin, 1913
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« Le texte présente un intérêt particulier, par ses descriptions et ses références, pour ceux qui veulent connaître les rites de la Franc-Maçonnerie. Il a reçu l’aval de Mgr Jouin, bien connu pour son œuvre anti-maçonnique. Il nous faut, cependant, vous prévenir, l’auteur n´a pu, pour respecter la véracité de son exposé, supprimer tous les blasphèmes et les scènes odieuses du rituel maçon. »

 

Sans apparenter généalogiquement la Maçonnerie moderne au culte païen des faux dieux, vous avez distingué l’organisation des Loges et des Orients, de date assez récente, de l’initiation transmise, selon le F-M Blatin, par les alchimistes du moyen âge, Juifs pour la plupart, qui en puisèrent les secrets dans le Talmud, la Kabbale, et jusque dans les mystères isiaques et mithriaques. Et toujours, sous l’extérieur religieux de ces cérémonies et de ces symboles mystiques, derrière le dieu caché, se trouve Satan, avec ses trésors, sans cesse promis, rarement dispensés, malgré l’accomplissement obligé de l’inexorable condition : Si cadens adoraveris me, si tu te jettes à terre, si tu te prostitues corps et âme en m’adorant!

Mgr Jouin

Charles Nicoullaud était le directeur de la « Revue Internationale des Sociétés Secrètes » et son ami Mgr Jouin lui écrit dans la préface :

« …L’unité d’origine oriente l’occultisme et la maçonnerie vers un but commun : la double ruine de l’Église et de la société. Mais l’un et l’autre ont une tactique qui leur est propre. La Maçonnerie, plus ou moins fidèle au Grand Architecte de l’Univers, fut, dès 1717, adogmatique et rationaliste. Ses adeptes, lorsqu’il leur reste quelque discipline de l’esprit et un peu de sincérité, glissent bien vite du rejet du surnaturel au pur athéisme. De là vient que la Maçonnerie s’adresse aux intellectuels, aux indépendants, aux libertins, désireux de secouer le joug des lois humaines et divines. L’occultisme, au contraire, avec la magie blanche des théosophes et la magie noire des spirites, sollicite les âmes religieuses, mystiques, dont la foi chancelante et faussement avivée croit trouver son aliment dans la superstition. Dès lors, de cette double attaque spirituelle et matérialiste, croyante et athée, résulte un effort sur l’humanité tout entière pour agrandir et constituer dans une vitalité plus militante et dans de croissantes et haineuses négations, la cité du mal. Voilà ce que vous avez compris et mis en lumière.

Grâce à ces principes directeurs, vous avez fait remarquablement l’analyse et la synthèse des initiations maçonniques. De  cette analyse, je n’ai rien à dire, il faudrait tout citer ; de cette synthèse, je relève avec quelle maîtrise vous avez découvert la signature, ou mieux la griffe de Satan, le corrupteur cynique de l’âme et du corps, de l’esprit et du cœur de l’homme. (…) Et toujours sous l’extérieur religieux de ces cérémonies et de ces symboles mystiques, derrière le dieu caché, se trouve  Satan, avec ses trésors, sans cesse promis, rarement dispensés, malgré l’accomplissement obligé de l’inexorable condition : Si  cadens, adoraveris me, si tu te jettes à terre, si tu te prostitues corps et âme en m’adorant !

Vous savez toutefois, cher ami, que je n’admets pas, pour ma part, l’action directe du démon dans le gouvernement maçonnique ; mais je comprends que l’étude des initiations incline l’esprit vers cette solution mystique à laquelle les hauts faits de la Maçonnerie moderne apportent une apparente confirmation.

(…) le programme du laïcisme, résumé dans la morale indépendante, la négation de tout dogme, la suppression de tout symbole et emblème confessionnel ; après avoir expérimenté que ces actes familiers à la Maçonnerie, actes qu’elle couvre  mensongèrement des mots de bien, de progrès, de lumière, de vie, constituent ce qu’on a toujours appelé le mal, l’ignorance, les ténèbres, la mort, et qu’il suffit pour s’en convaincre de suivre l’œuvre maçonnique en France, à la grande Révolution ou à l’heure actuelle, pour voir que c’est une œuvre de décadence ; de l’envisager en Portugal, pour établir qu’elle a fait reculer la civilisation d’un siècle ; de l’observer en Turquie, pour l’accuser de l’effondrement de tout un peuple ; de la démasquer dans l’effort mondial de la laïcisation scolaire, dont l’effet immédiat est la criminalité juvénile et la menace de la révolution sociale ; après s’être convaincus de la sorte que cette armée cosmopolite, avec une sélection de quelques troupes conscientes, si bien disciplinées qu’elles entraînent et entraîneront fatalement les trop nombreux bataillons inconscients du but final et de la besogne destructive qu’on leur impose, n’est autre que l’armée du mal, il semble bien qu’on a quelque droit de conclure qu’elle a pour chef Satan lui-même, et que Léon XIII, qui assimile la Maçonnerie au règne du démon, Saint-Martin, Boehme, Swedenborg, et même Stanislas de Guaita et Doinel, qui, parlant de communications directes avec Satan, ne font qu’appuyer cette conclusion de leur autorité ou de leur expérience. J’oppose simplement à cette solution l’ordre providentiel d’après lequel tout en ce monde relève d’un pouvoir humain ; et de même que le Christ, chef invisible de l’Église catholique, est représenté visiblement ici-bas par le Pape, de même, j’estime que Satan, chef invisible de l’armée du mal, ne commande à ses soldats que par des hommes, ses suppôts, ses âmes damnées, si vous voulez, toujours libres cependant de se soustraire à ses ordres et à ses inspirations. Quant à ce pouvoir, plus au moins occulte de la Maçonnerie et des Sociétés secrètes qui poursuivent le même but, il existe par la simple raison qu’il n’y a point de corps sans tête, point de société sans gouvernement, point d’armée sans général, point de peuple sans pouvoir public. L’axiome romain: Tolle anum, est turba ; adde unum, est populus, a ici sa pleine application ; sans pouvoir directeur, la Maçonnerie serait une foule, plus ou moins affolée par quelques idées subversives, mais qui se désagrégerait d’elle-même au lieu d’être la maîtresse du monde.

Cette manière de voir, au reste, ne contredit en rien vos conclusions. Satan, chef invisible, dirige toujours en dernier ressort, par ses infernales persuasions, le pouvoir maçonnique quel qu’il soit, et lui fait accumuler les ruines : ruines dans les âmes désemparées, ruines dans les corps débauchés, ruines dans les familles divorcées, ruines dans les sociétés déséquilibrées, jusqu’à ce que d’hécatombe en hécatombe, on puisse RENVERSER L’ÉGLISE CATHOLIQUE. CAR C’EST ELLE LE VRAI CENTRE D’ATTAQUE DE LA CONTRE-ÉGLISE.

Je vous l’ai dit souvent : le dernier mot des initiations dans l’antiquité fut la corruption. L’archange déchu, unique dieu des cultes païens, n’avait plus qu’à effacer dans l’homme l’image de Dieu et à le rabaisser au niveau des êtres insensés. «L’homme, créé dans l’honneur, ne l’a pas compris ; il s’est ravalé jusqu’aux animaux sans raison, et il leur  est devenu semblable ( Ps. XLVIII, 13 et 21)». …Avant tout, aujourd’hui, c’est l’Église qu’il faut vaincre pour lui  reprendre  les âmes baptisées et, selon l’axiome de la Haute-Vente italienne : «Faites des cœurs vicieux, et vous n’aurez plus de catholiques», la corruption n’est plus le but, mais l’infaillible moyen de l’atteindre. Dieu sait si la maçonnerie a réussi à faire des cœurs vicieux ! Vos études initiatiques retracent des tableaux dans lesquels les Sociétés secrètes modernes peuvent entrer en parallèle avec les mystères d’Isis. C’est bien toujours la même griffe et le même procédé, la dépravation jusqu’à la bestialité.

Puissent ces lumineuses recensions de l’œuvre satanique rendre la vraie lumière à quelques victimes persuadées de l’avoir reçue dans les Loges ; puissent-elles préserver ceux qui comme les papillons de nuit, viennent se brûler les ailes de l’âme aux feux magiques d’éblouissantes mais trompeuses évocations ; puissent-elles enfin ouvrir les yeux des catholiques endormis pour qu’ils ne voient pas tout comme dans un rêve, même la Maçonnerie, dont nous parlons impardonnablement trop haut, sans souci de leur sommeil léthargique. Tels sont mes vœux, cher ami : que Dieu les exauce ! »

E. JOUIN, Curé de Saint-Augustin

Citant un ancien maçon, Nicoullaud indique :

Dans l’état actuel de la maçonnerie deux pour cent à peine des Maîtres connaissent la signification diabolique de leur grade… » et comme le dit Sédir : « l’action de la Société secrète est liée au rattachement de ses membres à l’Invisible, et que dans l’Invisible se déroule une bataille perpétuelle entre les soldats du Christ et ceux de l’Adversaire.


Interlude cinéma : Extrait du film « Forces occultes »

Scène d’initiation dans un temple

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(…) Il ne faut pas essayer de me faire dire ce que je ne dis pas, ce que je ne pense pas. Lorsque, par exemple, j’écris que le Démon est le Maître ésotérique des Loges ; et si je parle de l’esprit luciférien qui inspire, guide et dirige la Franc-Maçonnerie, il ne faut pas affecter de croire que j’affirme la présence effective d’un être cornu aux pieds de bouc dans les Ateliers, ou autres balivernes de ce genre. Non. Et je m’explique assez clairement pour qu’on ne s’y trompe pas, à moins qu’on ait intérêt à le faire. J’entends parler d’une présence et d’une direction mystique agissant sur les cerveaux, les pensées des initiés, sur les cœurs de ceux qui ont reçu les «SACREMENTS» de Lucifer dans l’initiation ésotérique, et qui sont, à des degrés divers, les instruments du mal dans les Ateliers maçonniques.

Mais il est bien évident qu’à côté de cette action surnaturelle diabolique, il y a une direction très humaine qui mène les Loges des différentes obédiences et qui peut résister ou obéir aux impulsions des initiés. Ce ne sont pas plus les grands mystiques lucifériens qui dirigent exotériquement l’ensemble de la Franc-Maçonnerie que ce ne sont les mystiques catholiques et les saints qui, aux différents degrés de la hiérarchie, administrent l’Église de Jésus-Christ.

Mais, les disciples de Satan se servent des armes surnaturelles diaboliques pour influer sur les Francs-Maçons  de  tous  les  grades,  comme  les  mystiques  et  les  saints  ont  recours  à  la  prière,  au  sacrifice,  à l’immolation pour la défense de l’Église et le salut des âmes.

Toutefois, la croyance à cette action surnaturelle ne doit pas aveugler la raison et empêcher de discuter les faits avant de les admettre.

fm-initiation(…) Lorsque nous avons écrit, en parlant des symboles maçonniques, le mot de « sacrement », nous n’avons pas entendu employer une simple métaphore, mais, au contraire, exprimer une chose réelle. Il s’agit bien, en effet, d’un « signe sensible » d’une « action invisible », qui « tombe sous nos sens » et qui comporte « deux parties, la matière et la forme ».

La matière est l’élément sensible, et la forme, ce sont les « paroles qui l’accompagnent ».

Mais cependant il ne faut pas pousser le raisonnement par analogie trop loin et chercher, dans les rites de la Franc-Maçonnerie, rien de pareil aux sacrements véritables de l’Église. Ces rites qui relèvent en réalité de la magie, ne sont que la contrefaçon diabolique des sacrements divins. Là, comme toujours, Satan se révèle le singe de Dieu. Et nous allons montrer qu’il est logique d’appliquer à la Franc-Maçonnerie ce que Stanislas de Guaita dit à propos de la sorcellerie. Du reste, Franc-Maçonnerie et sorcellerie se tiennent ; toutes deux ont le même Maître et sont les branches d’un même tronc : la Société secrète.

Le diable est le singe de Dieu, écrit Guaita ; le sorcier, le singe du prêtre. L’analogie peut fort bien se poursuivre, car la sorcellerie fut de tous temps l’image dépravée des religions et comme un sacerdoce à rebours… La sorcellerie a ses dogmes, négatifs, ses symboles d’erreur et ses rites d’abomination. Elle a ses sacrements ; on peut même distinguer en eux la matière et la forme, à l’instar de ceux qu’administre l’Église.

A qui voudrait nous taxer d’exagération, en nous opposant la puérilité et la niaiserie de certains rites maçonniques ou des paroles qui les accompagnent, nous répondrons… » Suit tout un chapitre pour en démontrer la vérité. »

Oui, tout dans ce monde relève d’un pouvoir humain, et nos rois le savaient bien et auraient dû combattre et abattre ce pouvoir occulte. Le roi par le sacre avait reçu le sacramental lui permettant de juger et de combattre. Recevoir avec l’initiation, un « sacrement » de Lucifer faisait de ce Lieutenant un parjure, un traître, un fidèle de l’Adversaire, consciemment ou inconsciemment.  La conséquence qui se vérifiera est celle de tout péché : l’aveuglement.

fm-initiation-2Charles Nicoullaud va jusqu’à écrire que l’initiation marque la conscience comme le baptême marque l’âme. Si la marque du baptême est irréversible, il n’en est pas de même pour la conscience. Ce peut-être réversible, mais en général par l’initiation tout l’être est transformé, ce qui explique que les conversions de francs-maçons sont rares, très rares, avec pour l’ancien adepte des  épreuves, des difficultés difficilement surmontables. Il ajoute que l’initiation est un pacte entre l’initié et Satan, et l’abbé Ribet en parlant du pacte diabolique dit :

« Cette alliance est expresse ou tacite, selon que l’interpellation à Satan est directe ou que l’on vise seulement aux effets qui doivent être son œuvre… Le plus souvent, la convention se conclut par les instigations et entre les mains de magiciens qui donnent et reçoivent des promesses au nom de Satan, avant qu’il ait daigné se montrer ou donné des gages de son adhésion. De nos jours surtout, l’initiation s’accomplit plus ordinairement au sein des Sociétés secrètes, par des formules exécrables que les chefs imposent aux adeptes, en faisant luire à leurs yeux l’appât des prospérités et des jouissances temporelles. »

 

TABLE DES MATIÈRES

  • LETTRE DÉDICACE
  • PRÉFACE DE M. L’ABBÉ JOUIN
  • INTRODUCTION
LIVRE PREMIER INITIATION AUX MYSTÈRES D’ISIS
  1. Religions Initiatrices
  2. Les Épreuves
  3. La Doctrine des Mystères
  4. Les femmes dans les Temples
  5. L’arcane suprême de l’Initiation
LIVRE SECOND INITIATION AUX MYSTÈRES MAÇONNIQUES
  1. Qu’est ce que la Franc- Maçonnerie ?
  2. Du secret Maçonnerie
  3. Satan dans les Ateliers maçonniques
  4. L’Esprit maçonnique
  5. Le Symbole de la lettre G.
  6. Les Grades Symboliques : Apprenti, Compagnon, Maître.
  7. Les Hauts Grades : Rose-Croix, chevalier Kadosch
  8. La Franc-Maçonnerie des femmes
  9. Les Trois Grades mystérieux de la Franc-Maçonnerie : GRADE DE SÉRAPHINE
  10. LES TROIS HAUTS GRADES MYSTÉRIEUX DE LA FRANC-MAÇONNERIE : GRADE DE VIERGE-MÈRE ET DE REINE CÉLESTE DÉESSE


INTRODUCTION

Pendant que ces études paraissaient dans la REVUE INTERNATIONALE DES SOCIÉTÉS SECRÈTES, elles ont soulevé différentes critiques. Comme j’ai cité des passages du livre publié par Doinel, sous le pseudonyme de Jean Kotska, Lucifer démasqué, les esprits forts se sont écriés : «Voici les histoires abracadabrantes du docteur Bataille, de Léo Taxil, et de Diana Vaughan qui reviennent sur l’eau».
Il faudrait nous expliquer en quelques mots sur ce point. Léo Taxil et ses amis se sont vantés d’avoir mystifié le clergé qui a cru à la conversion du louche personnage. C’est très possible et même probable. Seulement, on ne nous dit pas quand celui-ci a menti.
Est-ce en attaquant l’Église par les livres orduriers qui, comme écrivain, l’ont conduit sur les bancs de la police correctionnelle, où il a été condamné pour diffamation et outrage à la morale publique ? Est-ce en demandant au chef vénéré de l’Église, qu’il avait insulté, le pardon et l’oubli de ses injures ? Est-ce en inventant la prétendue Luciférienne convertie Diana Vaughan ou en affirmant publiquement, avec un cynisme bien maçonnique, qu’il avait trompé tout le monde ?
Sa conversion a-t-elle été sincère un moment et comme le chien de l’Écriture est-il simplement retourné à son vomissement ? Ce ne serait pas le premier, ni hélas ! le dernier ! Qu’est-ce que cela prouve ? Rien.
Léo Taxil, déjà l’instrument de la secte lorsqu’il calomniait l’Église, a, paraît-il, sur l’instigation de la Franc-Maçonnerie,joué une infâme comédie, dont il s’est publiquement vanté. En cela, il a encore servi la dite Franc-Maçonnerie après
avoir exploité la crédulité de trop confiants catholiques. C’est entendu.
Ceux-ci ont cru sur parole ce triste personnage, (que nous n’avons pas l’intention de disputer aux Loges où il est à sa place), au lieu de passer au crible de la théologie mystique et de la science initiatique, les faits qu’il apportait. Ce fut une faute.
Mais parce qu’il y a eu erreur une fois, il ne s’ensuit pas qu’un catholique doive toujours et nécessairement se tromper en étudiant le surnaturel diabolique. Et, parce qu’on n’a pas su, à un moment donné, discerner le réel du faux, on ne doit pas, dans la suite des temps, tout rejeter sans examen. La question a été mal étudiée, il faut la reprendre en la fouillant plus profondément.
En toute chose, il est nécessaire de voir la fin. Or, si on considère quelles ont été les conséquences des histoires racontées par Léo Taxil, on ne peut s’empêcher de constater que le résultat obtenu a très utilement servi la Franc-Maçonnerie et le maître ésotérique qui fait agir celle-ci. Depuis lors, en effet, chaque fois qu’on veut parler d’action démoniaque, certains catholiques et tous les Francs-Maçons sont aussitôt d’accord pour sourire et s’écrier, en levant les épaules : «Voici les histoires abracadabrantes de Léo Taxil qui recommencent».
Les Francs-Maçons, eux, sont dans leur rôle ; ils agissent par tactique. S’ils ont inventé Léo Taxil, c’est pour s’en servir. Ils comptent ainsi détourner habilement les recherches, afin qu’on ne découvre pas ce qu’ils ne veulent point laisser voir. Les catholiques sont-ils aussi adroits en se laissant influencer par la peur de paraître ridicules ? Après avoir été trop naïfs à une époque, ils sont devenus beaucoup trop sceptiques depuis. Les deux attitudes, aussi dangereuses l’une que l’autre, ont fait et font encore le jeu des membres dirigeants des Sociétés secrètes.
Il n’y a aucune honte à reconnaître son erreur, à avouer une faute de tactique. Nous avons été trompés une fois, ce n’est pas une raison pour que nous le soyons toujours. Il suffit, pour éviter de retomber dans le même piège, d’être prudents et de ne pas s’écarter des règles fondamentales de la critique scientifique. Je dis nous par solidarité, car personnellement je n’ai jamais cru à l’histoire de Taxil et de Diana Vaughan ; j’ai même rompu quelques lances à ce sujet avec certains de mes amis et la première apparition du livre de Doinel, dans les colonnes de la Vérité, m’a trouvé longtemps très sceptique. Mais si je m’étais laissé surprendre, comme beaucoup de très bons et loyaux catholiques, mon attitude actuelle n’en serait ni troublée, ni modifiée.
Je croyais alors, et je crois encore, à l’existence du démon. Je savais, et je sais encore, qu’il y a une synagogue de Satan. J’ai appris ces choses, il y a bien des années, au catéchisme et par la lecture de l’Évangile ; demeuré fils soumis de la Sainte Église, je continue à croire aujourd’hui ce que je croyais dans mon enfance. Seulement ma foi est plus éclairée qu’elle ne l’était alors. Je comprends mieux les preuves qui abondent dans l’Écriture, dans le Rituel, dans l’enseignement des saints et des docteurs. Plus j’étudie, plus je suis confirmé dans cette foi, dont je n’ai certes pas à rougir. Je la proclame au contraire bien haut.
Oui, Lucifer existe et il cherche à perdre l’homme. Le travail que poursuit Satan dans ce but est de toutes les minutes du jour et de la nuit. Saint Michel Archange, récitent les catholiques, prêtres et fidèles, chaque matin après la messe…, «soyez notre secours contre la malice et les embûches du démon…, repoussez en enfer, par la vertu divine, Satan et les autres esprits mauvais qui sont répandus dans le monde en vue de perdre les âmes». Après avoir fouillé l’histoire, étudié dans la théologie mystique et la vie des saints les manifestations du surnaturel divin et du surnaturel diabolique ; après avoir creusé le symbolisme et l’initiation dans les Sociétés secrètes, fouillé les sciences occultes et regardé autour de moi, je suis arrivé à cette conviction que, depuis l’antiquité jusqu’à nos jours, les Sociétés secrètes et la Franc-Maçonnerie servent le Mauvais.
Et cela, je le crie par-dessus les toits et le répète à qui veut l’entendre, n’ayant cure ni des sarcasmes, ni des sourires, parce que je considère qu’il est, de mon devoir de le faire. Et en cela, j’obéis aux ordres des chefs suprêmes qui, sans remonter plus haut, se sont, depuis bientôt deux siècles, succédé sur le siège de Pierre. Mais je n’émets pas la prétention d’être cru sur parole, j’apporte des
textes; je produis des preuves, telles qu’elles résultent de mes travaux d’érudition, éclairés par les enseignements de l’Eglise. Je ne suis pas un théologien ni un voyant, mais bien un homme de lettres, et je demande que mes écrits soient jugés à ce point de vue.
Mais cependant, si je n’ai pas l’autorité d’un savant exégète, je ne suis ni un enfant, ni une vieille bonne femme crédule. Il y a longtemps que j’ai commencé l’étude des sciences occultes et de la mystique, et je n’accepte jamais un fait, une affirmation, sans les passer au crible de ma raison et surtout de l’enseignement de l’Église, devant lequel je m’incline toujours. Une fois ma conviction établie, ni les railleries de mes adversaires, ni les sourires de mes frères en religion, ne m’empêchent de la faire connaître et de montrer le mal là où je l’ai découvert. C’est pourquoi j’ai écrit ces études destinées à mettre en lumière la contre-Eglise là où je l’ai trouvée, c’est-à-dire de nos jours dans la Franc-Maçonnerie.
A l’appui de cette thèse, qui n’est du reste pas nouvelle, j’apporte, après bien d’autres plus érudits que moi, des documents. Qu’on les discute. Mais avec bonne foi cependant. Il ne faut pas essayer de me faire dire ce que je ne dis pas, ce que je ne pense pas.
Lorsque, par exemple, j’écris que le Démon est le Maître ésotérique des Loges ; et si je parle de l’esprit Luciférien qui inspire, guide et dirige la Franc-Maçonnerie, il ne faut pas affecter de croire que j’affirme la présence effective d’un être cornu aux pieds de bouc dans les Ateliers, et autres balivernes de ce genre. Non.
Et je m’explique assez clairement pour qu’on ne s’y trompe pas, à moins qu’on ait intérêt à le faire. J’entends parler d’une présence et d’une direction mystiques agissant sur les cerveaux, les pensées des initiés, sur les cœurs de ceux qui ont revu les «sacrements» de Lucifer dans l’initiation ésotérique, et qui sont, à des degrés divers, les instruments du mal dans les Ateliers maçonniques.
Mais il est bien évident qu’à côté de cette action surnaturelle diabolique, il y a une direction très humaine qui mène les Loges des différentes obédiences et qui peut résister ou obéir aux impulsions des initiés. Ce ne sont pas plus les grands mystiques Lucifériens qui dirigent exotériquement l’ensemble de la Franc-Maçonnerie que ce ne sont les mystiques catholiques et les saints qui, aux différents degrés de la hiérarchie administrent l’Église de Jésus-Christ,
Mais, les disciples de Satan se servent des armes surnaturelles diaboliques pour influer sur les Francs-Maçons de tous les grades, comme les mystiques et les saints ont recours à la prière, au sacrifice, à l’immolation pour la défense de
l’Église et le salut des âmes. Toutefois, la croyance à cette action surnaturelle ne doit pas aveugler la raison et empêcher
de discuter les faits avant de les admettre.
Cela est si vrai, que Doinel, par exemple, dont j’ai cité deux importants passages, parce que je crois qu’ils portent toutes les marques de la vérité, selon les enseignements de la théologie mystique, ayant reproduit, dans un autre endroit, un récit qu’il dit tenir d’une personne très sûre, j’ai laissé cette page de côté, bien qu’elle apportât un argument pour ma thèse, parce que les faits, tels qu’ils sont rapportés, ne résistent pas à un examen sérieux. Il y a documents et documents, pour un écrivain averti.
Il s’agit, dans ce récit, de l’apparition de Lucifer en personne, dans une arrière-loge. Satan préside et reçoit les hommages des démoniaques présents. Au moment de l’obédience, l’ami de Doinel, effrayé, invoque le nom de Jésus et celui de Marie. Il perd alors connaissance et ne sait plus ce qui s’est passé. Quand il revient à lui, tout a disparu, la cérémonie est finie, il est seul avec son introductrice. Eh bien, cela n’est pas conforme aux enseignements des saints, confirmés par l’Écriture : «Au nom de Jésus, tout genou fléchit, dans le ciel, sur la terre et aux enfers». Si le fait raconté était exact, au nom de Jésus le démon, présent sous une apparence sensible, aurait disparu, se serait évanoui, et non pas celui qui, devant le danger, s’était placé sous la protection de ce nom divin.
Quand Doinel, au contraire, raconte des manifestations indiquant la présence en lui d’Isis, succube intellectuelle, il le fait en termes tels qu’on sent véritablement la description de faits vécus et de plus conforme aux enseignements des Docteurs et Pères de l’Eglise sur la mystique diabolique. C’est pourquoi je fais alors état de son récit, sans y attacher, d’ailleurs, plus d’importance qu’il n’en mérite.
Si on avait passé au même crible les histoires de Léo Taxil, on aurait de suite découvert la supercherie. Ce n’est pas qu’on ne puisse être, malgré toutes les précautions, trompé. Il n’y a dans ce cas qu’à s’humilier, à prier et à continuer la lutte.
Cela est préférable que de nier orgueilleusement ce qu’on ne peut pas toujours expliquer et de faire, pour s’éviter une humiliation possible, quelquefois pénible, le jeu des adversaires de l’Église.
Ne pas tout croire bénévolement, ne pas tout rejeter sans examen ; mais discuter, étudier, peser les faits, comparer les témoignages et les documents, afin de baser son opinion sur un travail judicieux, telle est la règle de la critique historique. C’est aussi celle qui doit guider le chercheur de la vérité dans les faits occultes et mystiques. Je ne demande qu’une chose, c’est qu’on l’applique au présent volume. En tout cas, et quel que soit le jugement porté par le lecteur, je puis affirmer que j’ai toujours eu la volonté de guider mes travaux suivant ces principes. Je l’ai fait lorsque j’ai travaillé les questions historiques, j’étais trop vieux quand je me suis livré à l’étude des fais mystiques et occultes pour changer ma méthode de travail.
Je n’ajouterai plus qu’un mot, mais c’est le principal. Je soumets humblement ces études, comme mes autres ouvrages, au jugement de ma mère la Sainte Église catholique romaine, déclarant d’avance maintenir ce qu’elle approuve, retirer ce qu’elle blâme, en lui demandant seulement de bénir le fils soumis qui, jusque dans les erreurs qu’il a pu involontairement commettre, n’a jamais eu en vue que son service et sa gloire.

CHARLES NICOULLAUD, Neuilly, ce 3 mars 1913
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  • Acheter l’édition 2005 chez ESR
  • ISBN : 9782845194113
  • Titre : L´initiation dans les sociétés secrètes – L´initiation maçonnique
  • Auteur : NICOULLAUD (Charles)
  • Nb Pages : 208
  • Epaisseur : 13
  • Largeur : 145
  • Hauteur : 205
  • Poids : 0.29Kg

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2 réflexions sur “L’initiation maçonnique, de Charles Nicoullaud

    1. Bonjour ; si j’arrive à bien comprendre le sens de votre question, qui est de savoir si « un pauvre » peut entrer en franc-maçonnerie, je répondrai que non, il y a certaines conditions sociales à remplir, et les « moyens » financiers en font partie, plusieurs lectures vont dans ce sens.

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